La Centrafrique est sous tutelle

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La Centrafrique aurait-elle touché le fond, enfin ? Rien n’est moins sûr. Ce pays a des «ressources» impressionnantes pour s’autodétruire, se dissoudre sous nos yeux… 

Aujourd’hui il ne fait pas bon être musulman en RCA. Et ce n’est pas la tournée européenne, en cette fin de janvier, des deux complices, l’archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, et l’imam Omar Kobine Layama, chef de la conférence islamique, qui va y changer quelque chose…Dieudonné Nzapalainga qui a apporté assistance à Omar Kobine Layama en l’accueillant à son archevêché au temps fort de la chasse aux musulmans dans Bangui…La Centrafrique a une Présidente – Catherine Samba-Panza-, un Premier ministre – André Nzapayéké – et un gouvernement resserré de vingt ministres.

Trois institutions-clefs pour poser ce vernis de légalité et de légitimité indispensable et affirmer une autorité centrafricaine sur le pays, toujours pour l’instant dirigé, pourrait-on dire sans grande exagération, par le Ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian qui a la main sur le dossier. Ainsi va la RCA depuis plusieurs décennies, celle des Bokassa et autre Patassé, pour aboutir à un Djotodia. Bangui a toujours été tristement une arrière-cour de Paris.

Mais faisons « people » tout d’abord…

La star de la musique sénégalaise Youssou Ndour a enregistré à Dakar avec la chanteuse centrafricaine Idylle Mamba une chanson dédiée à la paix en Centrafrique. Youssou Ndour, « ambassadeur des causes humanitaires » et musulman, « a décidé d’associer une voix chrétienne de la République de Centrafrique à la sienne », espérant ainsi « impulser une forte solidarité internationale pour le retour de la paix définitive en Centrafrique », affirme la com’ du chanteur.

Fin du « people »…

Maintenant… Youssou Ndour a bien raison de mettre en avant sa religion. Les représailles anti-musulmanes sont terribles en Centrafrique. Nous savons ce qui se passe à Bangui, la capitale, mais ignorons tout de la réalité de l’intérieur du pays. Le peu d’information qui remonte grâce à quelques religieux centrafricains ou étrangers fait craindre des abominations. Navi Pillay, Haute commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a alerté la communauté internationale.


Les combats continuent entre le mouvement Séléka à dominance musulmane, qui s’est emparé du pouvoir en mars 2013, et les milices chrétiennes connues sous le nom d' »anti-balaka ». Mais les « anti-balaka » ont chassé et chassent toujours tout musulman, ex-rebelle ou civil, à coups de machette, bâton, poing. On peine à imaginer les souffrances des familles. « Les civils musulmans sont désormais extrêmement vulnérables. Beaucoup sont chassés hors du pays, avec les ex-Séléka, et ils fuient, la plupart vers la frontière tchadienne.

« Nous ne pouvons tout simplement pas laisser se déchirer le tissu social de ce pays », affirme avec une retenue diplomatique Navi Pillay, qui alerte : « J’en appelle avec la plus grande urgence à la communauté internationale pour qu’elle multiplie ses efforts de maintien de la paix. (…) Beaucoup de vies sont en jeu. » Le constat de Peter Bouckaert, le directeur des urgences pour Human Rights Watch, est le même : « Depuis que la Séléka perd du terrain, les communautés musulmanes sont systématiquement attaquées par les anti-balaka. Il y a des meurtres tous les jours ».

Très clairement, les nouvelles institutions centrafricaines n’y pourront rien. Ni la Présidente saluée par tous, ni le Premier ministre technocrate. L’armée centrafricaine, la gendarmerie centrafricaine n’existent pas. L’arrivée des militaires français a accéléré le terrible cycle des violences inter-religieuses. Il fallait faire partir les Séléka et leur patron Djotodia, certes, ces rebelles estampillés musulmans. Mais l’opération française s’est faite sur l’air de « on y va les petits gars ! » (dans la petite foulée du Mali), avec une grande insuffisance, reconnue aujourd’hui, au niveau du renseignement. Sangaris a bien du mal à maitriser Bangui. Que dire de l’intérieur du pays ? Que va-t-on découvrir dans les prochaines semaines, les prochains mois ? Combien de charniers ? Avons-nous, malheureusement, d’autres solutions que le renforcement de l’opération étrangère en Centrafrique ? La Centrafrique est sous tutelle, de fait. Et cela va durer.

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI.