Média et humanitaire…

Par Jean-Jacques Louarn*

Le dialogue entre acteurs de l’humanitaire et journalistes, au-delà de ce qui les rapproche ou les éloigne et que nous devrons ici baliser, est-il possible? Pourquoi faire, et pour faire quoi?

Afin d’apporter des éléments de réponse, il convient d’abord de ne pas confondre les rôles et les missions de chacun. Ceci étant posé, la démarche, pour permettre à un tel dialogue de s’engager est néanmoins complexe, prioritairement en raison des axes de recherche qu’elle impose… Aussi est-il indispensable :

· d’analyser l’évolution de l’action humanitaire dans l’hémisphère Nord (que cette action humanitaire soit portée, ou non, par un mouvement issu du « sans-frontièrisme »)

· de définir l’espace humanitaire aujourd’hui au Sud

· d’étudier la place occupée par les ONG confessionnelles chrétiennes, islamiques, judaïques, hindous et bouddhiques dans le monde

· de décrypter les enjeux internationaux de « l’Après-11-septembre »

· de mesurer l’impact de la crise financière, qui pèse d’ores et déjà sur les agences onusiennes, le mécénat et les ONGI

· de décortiquer le fonctionnement des médias, notamment ceux (en particulier les chaînes de télévisions) qui se confondent avec l’opinion publique

· de comprendre les images qu’on nous montre : pourquoi telle image m’émeut-elle, et pas une autre ?

. de saisir ce qui fait un événement ici mais pas ailleurs

· d’appréhender l’impact de « la télévision sans-frontière » : câblée, satellitaire…

Il conviendra de se demander tout simplement si l’interrogation : « Le dialogue entre acteurs de l’humanitaire et journalistes est-il possible, et pourquoi faire ? », est justifiée, et si elle est partagée par les acteurs humanitaires et les médias des pays tant africains, qu’arabes, asiatiques, ou latino-américains… Des acteurs dont la parole peine à franchir les frontières, notamment médiatiques… In fine, cette démarche nécessite une approche pluridisciplinaire : relations internationales, Histoire,  Droit international humanitaire, économie, sociologie des médias, sciences de l’information et de la communication… Grotius.fr  entend apporter des éclairages dans chacune de ces disciplines pour mieux comprendre les enjeux de ce dialogue et sa nécessité.

Cette réflexion est certes menée, captée, en partie par certaines ONGI, le CICR, des chercheurs, quelques rares journalistes… mais, majoritairement, médias et citoyens sont tenus à l’écart de ce débat.

Or journalistes, humanitaires et société civile, au Nord comme au Sud, se doivent aujourd’hui de partager cette réflexion, pour trois raisons principales :

- De façon globale, cette réflexion est un état des lieux permanent de l’évolution des relations internationales, et à ce titre, ne peut être évacuée.

- Cette réflexion doit inciter les journalistes, du Nord et du Sud, à se pencher sur le traitement de l’information : analyse de la couverture d’événements (conflits, catastrophes, etc.) et analyse du discours (le choix des mots et des approches).

- Cette réflexion, enfin, doit favoriser, au Nord comme au Sud, l’instauration d’un dialogue entre humanitaires, médias et citoyens.

Grotius.fr  ne sera rien d’autre qu’une « boîte à outils » destinée à poser des repères, regarder ailleurs, donner du sens, clarifier les discours et ouvrir le lexique des mots justes.

Reportages, analyses, décryptage des médias et interpellation des humanitaires… La «boîte à outils» est aujourd’hui ouverte…

*Jean-Jacques Louarn est journaliste à Radio France Internationale.

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