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Revue Humanitaire: Unhappy birthday…

couv revue humanitaire Revue Humanitaire: Unhappy birthday…Dix ans d’existence. Ce n’était pas écrit. Loin de là. Avec ce 27e numéro, sans compter quatre hors série, cela fait dix ans que l’idée de créer une revue de débat et de réflexion sur l’action humanitaire au sein de Médecins du Monde (MDM) est née…

L’idée de départ était simple, résonnant comme une évidence : face à la prééminence d’un humanitaire anglo-saxon tendant à devenir la pensée unique d’un milieu en pleine mutation, il s’agissait d’ouvrir un lieu de débat permettant à la pensée latine de s’exprimer, d’imposer sa différence, sans pour autant nier les apports, réels, et même parfois devanciers, d’outre-atlantique.

La place de Médecins du Monde dans l’histoire des « french doctors » lui donnait une légitimité certaine à être fer de lance d’une telle initiative. Le premier numéro de novembre 2000 consacré à la normalisation de l’aide humanitaire reflétait très largement cette ambition fondamentale.

Mais occuper une place particulière dans l’histoire de l’humanitaire français ne devait pas signifier pour autant que Médecins du Monde soit le principal animateur de cette revue, s’agissant d’un thème qui rassemblait bien au-delà de notre association. C’est la raison pour laquelle il nous a semblé essentiel dès le début d’œuvrer à son ouverture à d’autres acteurs, à d’autres façons de penser ‑ y compris anglo-saxonnes : si la revue Humanitaire était lancée par Médecins du Monde, elle ne devait pas être uniquement la revue de Médecins du Monde.

Et c’est ce que nous sommes parvenus à faire. Depuis le premier numéro, nous avons accueilli des contributions de nombreuses autres associations (Médecins sans Frontières, Action contre la Faim, Handicap international, Aide médicale internationale, Solidarités, etc.) et reçu des intervenants de tous les milieux (chercheurs, CICR, Union européenne, ministère des Affaires étrangères, journalistes…) français et étrangers. Une diversité farouchement assumée et qui a donné à la revue sa crédibilité.

Dix ans ont passé et l’action humanitaire a avancé au rythme de l’Histoire et encaissé les soubresauts de la nature. Le tsunami en Asie, en 2004, et le séisme en Haïti, au début de cette année, pour ne parler que de ces deux événements majeurs, ont plus que jamais braqué l’attention des médias et du grand public sur cet humanitaire, objet de toutes les attentes et de tous les fantasmes. Et c’est une bonne chose que cette attention portée à ce qui est devenu également un « objet d’intérêt social » quasi universel, tant l’action humanitaire est au final supportée par ce fameux « grand public », que ce soit par l’intermédiaire du don aux associations ou celui de l’impôt.

Mais en dix ans, la carte du monde a changé et l’action humanitaire a vu l’installation en masse d’acteurs étatiques, militaires, diplomatiques, économiques et confessionnels venus reconquérir un espace qu’ils avaient délaissé ou le conquérir lorsqu’ils l’avaient négligé.

Désormais, la composante humanitaire est intégrée aux dispositifs diplomatiques et militaires des grandes puissances, brouillant les frontières entre l’humanitaire d’Etat et l’humanitaire indépendant. Et il devient de plus en plus complexe pour les Organisations Non Gouvernementales de pratiquer et d’expliquer leur action. A tout le moins de se faire entendre. Comment expliciter en effet la différence entre le domaine d’activité – « l’humanitaire », terme générique dont une multitude d’intervenants s’est emparé – et l’acteur en cause ? Et il existe un fossé entre « l’humanitaire » pratiqué par les Etats (via leurs armées ou leurs Protections civiles), celui pratiqué par des entreprises privées (via leur département mécénat ou leurs fondations) et l’humanitaire pratiqué par les ONG.

Acteur parmi d’autres, avec leurs principes et leurs limites, celles-ci vivent désormais le paradoxe d’être devenues partie intégrante du Grand jeu diplomatique et de devoir sans cesse s’en affranchir pour expliquer leur singularité.

C’est tout le pari que la revue Humanitaire a fait depuis sa naissance d’associer le public le plus large possible à cette évolution complexe de l’action humanitaire en rappelant sans cesse son « point de vue » : celui d’une ONG, Médecins du Monde, porteuse d’une pratique liant soin et témoignage. « Réinvestir le terrain de la réflexion, telle est la raison d’être de la revue Humanitaire. Puiser aux sources des pratiques des acteurs, les confronter aux analyses des chercheurs, mettre les enjeux en perspective, susciter débats et échanges de vues, tels sont les objectifs qu’elle se fixe afin de favoriser l’émergence d’une réflexion sur l’humanitaire qui dépasse les polémiques », écrivions-nous dans le premier éditorial en novembre 2000.

En regardant dans le rétroviseur, il nous semble que le pari est gagné. Humanitaire est la seule revue trimestrielle de débat et de réflexion sur l’action humanitaire en France s’appuyant sur les contributions les plus diverses. Et ce n’est pas rien.

Drôle d’anniversaire cependant. En revenant dans ce numéro sur le séisme d’Haïti survenu il y a un an, c’est bien sûr pour la revue l’expression d’une nécessité, celle de prendre le pouls de ce pays, bien bas au demeurant. C’est surtout l’expression d’une volonté : celle de mettre en œuvre, une fois de plus, les principes qui nous guident en posant une question que d’aucuns jugeront iconoclaste… A travers un supplément contenant un texte inédit de Luc Evrard qui vient compléter un dossier déjà riche de réflexions, nous offrons à nos abonnés de se faire leur idée tout en les remerciant de leur fidélité.

http://www.medecinsdumonde.org/fr/Publications/Publications/La-revue-humanitaire

Revue Humanitaire : 10 ans, 10 articles

1. « Tournant symbolique, crise de l’humanitaire ou crise de la représentation ? », par Philippe Ryfman, dans le n°18, printemps 2008, dossier Zoé l’équation fatale : http://humanitaire.revues.org/index307.html

2. « L’Europe à l’épreuve de la doctrine américaine de l’intégration », par Sami Makki, dans le n°19, été 2008, dossier L’Europe humanitaire en question(s) : http://humanitaire.revues.org/index454.html

3. « Où sont donc les « sociétés civiles » au Moyen-Orient ? », par Philippe Droz-Vincent, dans le n°20, automne/hiver 2008, dossier Comment intervenir au Proche et Moyen-Orient ? : http://humanitaire.revues.org/index344.html

4. « L’humanitaire en fiction », table ronde avec Denis Maillard, Sylvie Brunel, Bruno David et Iegor Gran, dans le n°21, avril 2009, dossier Fictions humanitaires : http://humanitaire.revues.org/index95.html

5. « Ceci est un humanitaire », par Olivier Bernard et Thierry Brigaud, dans le n°22, juillet 2009, dossier La Corne de l’Afrique sous surveillance internationale : http://humanitaire.revues.org/index384.html

6. « Le séisme de Chengdu et ses répliques pour les ONG chinoises », par Kang Xiaoguang, dans le n°23, décembre 2009, dossier Les ONG, nouvelles gardiennes des Conventions de Genève ? : http://humanitaire.revues.org/index615.html

7. « Il ne s’agit pas de désoccidentaliser l’humanitaire mais de considérer que des formes d’entraide se développent ailleurs et qu’elles n’ont pas moins ni plus de légitimité », entretien avec Rony Brauman, dans le n°24, mars 2010, dossier Faut-il « désoccidentaliser » l’humanitaire ? : http://humanitaire.revues.org/index709.html

8. « Résister », par Pierre Salignon, dans le n°25, juin 2010, dossier L’humanitaire à venir : http://humanitaire.revues.org/index762.html

9. « Faire ensemble : l’expérience du partenariat d’AIDES en Afrique francophone », par Stéphane Simonpiétri et Bruno Spire, dans le n°26, dossier Partenariat : pour une coopération sans compromission : http://humanitaire.revues.org/index837.html

10. « Les enseignements de la catastrophe », par François Grünewald, dans le n°27, dossier Haïti : sortir de la dépendance humanitaire : http://humanitaire.revues.org/index892.html

A propos de l'auteur

Boris Martin est rédacteur en chef de la revue Humanitaire qu’il coordonne depuis sa création. Il est par ailleurs auteur, coauteur ou directeur de plusieurs essais dont Critique de la raison humanitaire (dir. avec Karl Blanchet, préface de Rony Brauman), Le Cavalier bleu, 2006. Il a également publié des récits aux éditions du Seuil (« C’est de Chine que je t’écris… », 2004, Chronique d’un monde disparu, 2008) et une fiction aux éditions Elytis en 2010 : Hong Kong, un parfum d’éternité. Il est également expert et chercheur associé auprès de l’Institut de recherche et débat sur la gouvernance (www.irg.org) et tuteur à l’École des affaires internationales de Sciences Po (http://master.sciences-po.fr).
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